Importance du dépistage de la sécheresse oculaire en optométrie, cas pratique
Opto-MAG2025 Florence Tuccinardi Guhel
Cet article a pour but de sensibiliser les optométristes au dépistage systématique de la sécheresse oculaire.
Introduction
La sécheresse oculaire est multifactorielle. Elle est caractérisée par une instabilité du film lacrymal, une hyperosmolarité et une inflammation de la surface oculaire engendrant progressivement une atteinte de la surface oculaire et des anomalies neurosensorielles [1],[2],[3],[4].
La sécheresse oculaire est classifiée en deux catégories : la sécheresse due à une déficience aqueuse et la sécheresse due à une déficience évaporative. Elle concerne toutes les tranches d’âge, en touchant aussi bien les adultes que les enfants [1],[2]. Notre mode de vie ainsi que l’utilisation précoce et intensive des outils digitaux sont à considérer comme des facteurs aggravants [2].
Les symptômes de la sécheresse oculaire sont variés : sensation de grain de sable, larmoiement, sensibilité à la lumière, symptômes visuels, etc. [1],[2],[3],[4]. Ils peuvent nous laisser penser dans notre pratique que nous rencontrons un problème réfractif, associé ou non à des perturbations de la vision binoculaire. Connaitre cet élément est donc primordial pour une prise en charge optimale de nos patients et constituera le point de départ à une investigation.
Dans cet article, nous ne parlerons pas des différentes techniques existantes et connues de tous, car les dernières études montrent que l’instabilité du film lacrymal est le critère principal de la sécheresse oculaire [4].

Présentation d’un cas
C’est un homme de 61 ans qui porte ses lunettes depuis quelques semaines. Sa vision est floue au loin lors de la conduite et il ressent une fatigue visuelle en vision de près, qui se trouble après quelques minutes de lecture. L’inconfort visuel est important.
Santé oculaire : il n’a pas d’antécédents, il a consulté son ophtalmologue il y a quelques jours, le fond d’œil a été réalisé, la pression intraoculaire était normale et rien n’est à signaler. De plus, la correction de ses lunettes semble adaptée.
Santé générale : il a une rosacée non traitée.
Méthode
AV brute VL : ODG 1.2
Examen de la vue :
- OD : plan -0.25 60 AV 1.2 ADD 2.00 à 50 cm
- OG : plan -0.25 140 AV 1.2 ADD 2.00 à 50 cm
Cover test : ortho VL et exophorie dans la norme en VP.
Malett : VL ortho et VP légère exodisparité de fixation.
L’examen de la vue est très similaire aux lunettes portées.
L’examen à la lampe à fente met en évidence une inflammation des bords libres des paupières ainsi qu’un dysfonctionnement des glandes de meibomius (glandes dilatées avec peu de sécrétions) associé à une blépharite.
Une meibographie et une analyse du film de larmes sont réalisées avec Oculus 5m.


Après discussion avec notre patient, la prise en charge se fait avec des lingettes spécifiques pour le nettoyage des paupières ainsi que des compléments alimentaires. Notre patient n’a pas la compliance nécessaire pour entreprendre le port de lunettes chauffantes ainsi que le massage des glandes de meibomius.
Au suivi après un mois, les symptômes visuels ont disparu.
Résultats et discussion
Le nettoyage du bord libre des paupières a permis de diminuer l’inflammation et le développement de bactéries, donc l’irritation oculaire. Il permet également de désobstruer les glandes de meibomius. Les compléments alimentaires permettront à long terme de fluidifier les sécrétions produites par ces glandes et d’améliorer la stabilité du film lacrymal.
Conclusion
Face à l’importance de la prévalence de la sécheresse oculaire dans la population générale (adulte comme enfants), la prise en charge de la sécheresse oculaire est un enjeu important pour l’optométriste dans les années à venir.
Chaque stratégie de prise en charge de la sécheresse oculaire doit être individualisée et permettre une bonne compliance du patient.
D’autres tests de dépistage sont également possibles (questionnaire OSDI, hauteur de la rivière lacrymale, LIPCOF, LWE, osmolarité, etc.) et seraient pertinents. Il est également important de reconnaître nos limites dans cette prise en charge et de référer le patient si besoin chez un ophtalmologue pour d’autres traitements. Le rôle de l’optométriste est ici de proposer une solution de premier recours.
Références
[1] M. Zemanova, Dry Eye Disease. A review, Ces.a slow.Oftal.,77, No.3, p.107-119, 2021
[2] Kirandeep Kaur et al, Digital Eye Strain-A comprehensive review. Ophtalmol Ther. Oct.2022.
[3] Alexis Ceecee Britten-Jones et al, Epidemiology and Risk Factors of Dry Eye Disease : Considerations for Clinical Management. Medicina 2024, 60, 1458.
[4] Kazoo Tsubota et al, Defining Dry Eye from a Clinical Perspective. International Journal of Molecular Sciences. 2020, 21, 9271.
[5] Marco Pellegrini et al, The Role of Nutrition and Nutritional Supplements in Ocular Surface Diseases, Nutrients 2020, 12 (4), 952.
[6] Rahul Bhargava et al, Omega-3 fatty acids supplements for dry eye – Are they effective or ineffective? Indian J Ophtalmol. 2023 Apr; 71(4):1619-1625
[7] Mary Eberhardt, Marco Zeppieri, Wuhan Rammohan, Blepharitis. StatPearls Publishing 2025.