Le test de meilleure acuité visuelle en lentilles
Opto-MAG2025 Sybille Péguiron, David Tabibian
Dans quel cas un test de meilleure acuité visuelle en lentilles de contact est-il utile, voire indispensable, afin d’optimiser la prise en charge thérapeutique d’un patient ou de déterminer si la voie chirurgicale est nécessaire ?
L’œil est un organe anatomiquement complexe. Il est constitué de plusieurs structures, incluant la cornée, le cristallin et la rétine. Toute atteinte d’une de ces structures par une pathologie ou un traumatisme peut être à l’origine d’une baisse de vision devenant handicapante pour le patient.
Le test de meilleure acuité visuelle en lentilles de contact rigides ou sclérales est pratiqué en général sur un œil touché par plusieurs atteintes anatomiques et lorsqu’il y a un doute sur l’impact de l’intégrité de la cornée, incluant sa transparence et sa régularité.
Objectif
Expliquer l’utilité et détailler le test de meilleure acuité visuelle en lentille de contact.
Méthode
Un essai de lentille rigide est réalisé dans la présentation de cas décrite dans cet article afin de mettre en évidence le rôle et l’importance d’une atteinte cornéenne chez un patient souffrant de multiples pathologies oculaires.
Résultats
Chez certains patients, l’acuité visuelle est nettement plus haute lors du test avec la lentille rigide ou sclérale. Ceci démontre que la baisse de vision est principalement due à une atteinte cornéenne. Cette indication est donc primordiale dans la prise en charge thérapeutique.
Dans d’autres situations, l’examen avec la lentille ne changera pas la vision du porteur. Dans ce cas, la cornée n’est alors que peu responsable de la mauvaise vision, et celle-ci est induite par d’autres atteintes oculaires au niveau du cristallin ou de la rétine par exemple. L’ophtalmologue pourra donc lui proposer les alternatives les plus adaptées et efficaces.
Conclusion
Ce bilan complémentaire en lentilles, encore sous-estimé, devrait être proposé et réalisé chez tous les patients souffrant d’atteintes oculaires incluant une altération de la cornée. Cet examen requiert un matériel et un savoir-faire appropriés en adaptation de lentilles spécifiques. Si l’optométriste spécialisé propose cette prestation même en dehors du cabinet de l’ophtalmologue, la relation et la coopération entre ophtalmologue et optométriste ne pourront être que bénéfiques pour les patients.
Mots clés
Lentilles de contact, test, chirurgie, PTK, meilleure acuité visuelle corrigée.
Introduction
L’utilité et l’efficience des lentilles de contact dans le domaine de la vision afin d’améliorer les performances visuelles d’un patient ne sont plus à prouver en optométrie et en ophtalmologie.
Toutes les lentilles en matériaux rigides incluant les lentilles semi-rigides, sclérales, mini-sclérales, semi-sclérales, full-sclérales ou encore les lentilles hybrides, peuvent être utilisées pour réaliser un bilan de meilleure acuité visuelle. Il est nécessaire qu’elles corrigent les aberrations optiques avec précision et que la surface oculaire soit lissée afin de la régulariser, ceci dans le but d’optimiser l’acuité et d’établir un diagnostic.
Présentation de cas
Monsieur M, 59 ans avec des comorbidités cardiaques, a été référé par son ophtalmologue traitant pour un avis concernant une baisse d’acuité visuelle progressive de l’œil gauche évoquant plusieurs diagnostics différentiels.
Lors de l’examen au cabinet, on note les observations suivantes :



Les diagnostics suivants ont été posés :
- Une Map-dot-fingerprint dystrophy (dystrophie de Cogan) avec irrégularités de surface induites à la topographie ddc
- Des cicatrices cornéennes ddc
- Une cataracte de l’œil gauche

Un test de meilleure acuité visuelle en lentille de contact a été réalisé sur l’œil gauche afin de déterminer si l’origine de la gêne visuelle provenait de la dystrophie, de la cicatrice cornéenne ou de la cataracte.

Nous avons pu conclure que la baisse visuelle ressentie était principalement due à son astigmatisme irrégulier induit par la dystrophie cornéenne et non à cause de la cataracte ou de la cicatrice cornéenne extra-axiale. Une kératectomie superficielle lui a été proposée afin de lisser la surface et lui permettre de corriger sa vue. Une opération de la cataracte inutile a donc pu être évitée.
La kératectomie superficielle (KS) est une procédure visant à retirer l’épithélium et une partie du stroma antérieur de manière sélective pour améliorer la vision soit en diminuant l’opacité des cicatrices soit en régularisant la surface. Cette intervention est couramment utilisée pour traiter diverses atteintes cornéennes telles que la dystrophie de la membran basale épithéliale (dystrophie de Cogan, Mapdot-fingerprint dystrophy), le syndrome d’érosion cornéenne récidivante et la dégénérescence nodulaire de Salzmann. La KS peut se réaliser soit mécaniquement soit au laser ; la photokératectomie thérapeutique (PTK) [1].
Un an et demi après cette intervention, le patient obtient les résultats suivants :

Discussion
Dans certains cas, la cornée peut être la seule responsable d’une baisse de vision et le test en lentille n’améliore pas l’acuité visuelle. En effet, si une opacité cornéenne liée à une cicatrice ou à une pathologie est présente dans l’axe visuel, la régularisation de la surface à l’aide de la lentille n’aura que peu d’effets sur la vision. Il faut donc avoir une réflexion globale et une analyse détaillée au cas par cas.
Les atteintes cornéennes pathologiques ou traumatiques sont courantes. Les lentilles ou les options chirurgicales par traitement de surface ou par greffe sont parfois les seules solutions afin de garder une vision confortable. Il est donc primordial, lorsqu’il est nécessaire, de référer les patients pour une prise en charge appropriée.
Références
[1] Waterloo Regional Eye Program, Superficial Keratectomy, consulté le 29 octobre 2024 sur https://www.waterlooeye.ca/procedures/ superficial-keratectomy